Mes chers concitoyens,
L'actualité de cette rentrée est si riche que le présent éditorial ne pourrait suffire à tout évoquer.
Je passe donc rapidement sur l'arrivée effective de la fibre dans notre commune, arrivée que les pages intérieures de ce bulletin développent. Je passe aussi sur les remous de la transmission de la compétence eau et assainissement vers l'Intercommunalité : il y aura bien des occasions de revenir sur cette affaire encore en cours une fois qu'elle sera décantée. C'est sur le développement de l'urbanisme en pays de Fayence en général et à Callian en particulier que je voudrais mettre l'accent cette fois.


Dans notre république décentralisée, l'urbanisme est une compétence et une responsabilité des élus locaux, municipaux dans notre cas. Quand notre commune a produit son document d'urbanisme, le plan local d'urbanisme (PLU), elle l'a fait en fonction non seulement d'une orientation d'aménagement du territoire (développer, accélérer ou, en l'espèce, ralentir) mais aussi d'un certain calcul de ses capacités à fournir des services publics qu'ils dépendent directement ou non d'elle : l'eau, l'électricité, des places à l'école ou en crèche etc... ce n'est pas toujours aux infrastructures de suivre le développement, il faut aussi parfois que le développement soit subordonné aux capacités des infrastructures.


Si la loi ALUR venue d'en haut a perturbé à ce point notre gestion de notre urbanisme, c'est précisément parce qu'en permettant d'un coup de diviser presque à l'infini les terrains constructibles, elle a anéanti les calculs en question et l'équilibre qui va avec. Quand l'augmentation de population prévue sur dix ans est atteinte au bout de trois du fait de ce facteur extérieur imprévu, la légitimité de certains autres projets peut être remise en cause : c'est typiquement le cas du projet de nouveau quartier prévu au quartier des Touos Aussels.

Avant que la loi ALUR ne fasse monter en charge les zones constructibles qu'elle avait conservées, notre commune avait choisi de concentrer sur ce site l'essentiel de l'urbanisation nouvelle. Objectifs : remettre le village au centre de la commune. tenter dans un site sans co-visibilité une expérience urbanistique nouvelle, et enfin générer quelques logements sociaux que la loi ne nous impose pas mais dont le besoin est flagrant.


Parce que ces objectifs restent parfaitement d'actualité, et parce qu'il est inscrit au SCOT comme à notre PLU, le projet en question continue à incarner la volonté de la commune de conduire un urbanisme qui ne soit pas seulement subi mais qui soit aussi choisi. Faute de quoi, la commune ne sert plus qu'à compter les conséquences de règles voulues par l'Etat. Pour autant, il n'est pas question de se précipiter ni de  faire preuve de complaisance, ce dont notre commune a fait la preuve en ayant rejeté une première demande de permis d'aménager sur ce site en août 2018, puis en en ayant refusé une seconde en avril 2019. C'est donc avec rigueur et vigilance que la commune se tient prête à faire aboutir un jour l'urbanisation de ce quartier lorsque lui sera soumis un dossier qui corresponde pleinement  auxdits objectifs.


Encore faudra-t-il pour cela, que nos réseaux et services publics soient en position d'assumer toutes les conséquences d'un tel projet, ce qui vaut aussi pour tous les projets de micro-lotissements issus de la loi ALUR. Je pense particulièrement aux capacités de notre réseau d'eau potable, que le développement imprévu déjà généré par la loi ALUR  a rapproché de ses limites. Et voilà, au passage, pourquoi la transmission de cette compétence est si contraire à l'indépendance de notre collectivité: si demain c'est l'intercommunalité qui décide d'un programme de travaux (bassins, conduites...) qui conditionne l'urbanisation, c'est de fait la compétence urbanisme qui lui est transmise à son tour. Et que reste-t-il d'une commune dessaisie de son droit du sol ? Tellement peu qu'à ce compte, mieux vaudra fusionner les communes plutôt que de leur superposer une techno-structure communautaire imposante qui rajoute une couche coûteuse au fameux millefeuille territorial que chacun feint de combattre.

François Cavallier, maire de Callian, vice-président du Département du Var