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source slate.fr | 2 août 2019 03:23


L'économie mondiale deviendra-t-elle incontrôlable?


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L'Obs a une très bonne idée de couverture cette première semaine d'août en titrant sur «1519, l'année qui a tout changé». François 1er et la Renaissance, Charles Quint et la tentative de créer un empire européen stable, Luther et sa Réforme mais d'abord et surtout, les Conquistadors, la Découverte du Nouveau monde.

Christophe Colomb venait de découvrir les Indes, Marco Polo contourne l'Afrique et Magellan se lance dans le premier tour de la planète, confirmant définitivement qu'elle est ronde et que les mers communiquent. Tous ont pour conviction «qu'il y a quelque chose au-delà de l'Océan. On ne sait pas quoi ni où, mais on y va, on largue les amarres».

Oubliez 1492 ou 1515. La date la plus importante de la Renaissance, c'est celle où l'État, la mondialisation, le protestantisme et l'Europe ont pris leur envol.

« 1519, l'année qui a changé le monde », cette semaine dans « L'Obs »

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— L'Obs (@lobs) 31 juillet 2019
Très bonne idée puisque, en 2019, 600 ans plus tard, nous y sommes à nouveau. Les technologies avec leurs effrayantes possibilités. La politique populiste avec le dégagisme. L'économie avec des gouvernements incapables de rétablir une croissance mondiale saine et partagée. L'idée revient donc qu'il faut plonger dans les vagues océaniques, furent-elles froides et abyssales. Qu'il faut oser, inventer, rompre, larguer.

Changement de cap
Boris Johnson en est une caricature: il imagine une grande Grande-Bretagne libre enfin de la tutelle de Bruxelles qui va se doter d'un nouvel empire. En conquistador, Boris Johnson, ou plutôt en fils du pirate Francis Blake, va séduire le monde avec une économie sans normes et des alliances commerciales juteuses avec tous. À coup sûr son équipage n'ira pas plus loin que le débouché de la Tamise.

Mais ne vous arrêtez pas à lui, il n'est que la poupée ridicule d'un sentiment répandu que les politiques actuelles ne fonctionnent pas.

L'examen de l'économie mondiale encalminée en mer des Sargasses, donne des arguments. «La croissance est languissante et précaire», dit le FMI dans ses dernières prévisions.

La guerre commerciale menée par Donald Trump contre la Chine, le Brexit, et les tensions technologiques, conduisent le Fonds à réviser une nouvelle fois ses prévisions à la baisse: la croissance mondiale ne sera plus que de 3,2% cette année et 3,5% en 2020.

Vient de paraître, mise à jour des #PEM de juillet : la croissance mondiale reste languissante. Nos nouvelles prévisions : 3,2% en 2019 et reprise précaire à 3,5% en 2020. #WEO https://t.co/QbxvfPXYcS pic.twitter.com/l617HfxINz

— FMIactualites (@FMIactualites) 23 juillet 2019
Sortie enfin de la crise de 2008, l'expansion devait accélérer mais le vent n'y est pas. Les politiques (en clair les populistes, mais le FMI tenu par son devoir de réserve ne le dit bien entendu pas comme tel) sabotent la reprise.
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La vérité est que Johnson, Trump, Salvini et les autres tristes dingos, vont dans le sens opposé, ils ne naviguent pas vers l'Ouest mais vers l'Est, c'est-à-dire le passé. Il n'y a pas de découverte à attendre d'eux, de leur nationalisme peureux. L'analyse du Fonds monétaire n'est est pas moins insuffisante. Si l'économie mondiale manque de vent, c'est que les recettes d'hier ne fonctionnent effectivement plus. Pourquoi?

Dans la crise des subprimes, les autorités au pouvoir ont bien réagi: des politiques monétaires très accommodantes et des politiques budgétaires de relance ont permis d'éviter une répétition de la terrible crise des années 1930, l'économie est repartie dès 2010.

Les caravelles des Conquistadors sont tellement chargées d'or et d'épices, qu'elles sont très peu manœuvrantes.
Mais dix ans plus tard, les mêmes se heurtent à des incompréhensions: la productivité est plate, l'inflation ne repart pas malgré le chômage disparu (revenu à son niveau normal du jeu d'entrées et de sorties d'emploi). Il est descendu à son niveau le plus bas depuis cinquante ans aux États-Unis mais les salaires ne s'améliorent qu'à la vitesse des escargots.

Hésitantes, les banques centrales espéraient que les gouvernements profiteraient de leur argent pour faire des réformes et améliorer les fondements des économies. Elles n'ont pas été écoutées.

Elles espéraient pouvoir replier les politiques de taux quasi-nuls et de rachats d'actifs au fur et à mesure que les gouvernements prenaient le relais avec des politiques dynamisantes.

Aujourd'hui, elles sont coincées: durcir la politique monétaire risque de ralentir encore l'allure. Elles remettent sciemment du charbon dans la même machine qui fait grossir les risques pour demain.

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Toutes voiles dehors
Revient donc l'air du temps de 1519: larguons les amarres. Les banques centrales sont invitées par les partis des extrêmes, à aller encore plus loin, à distribuer de l'argent pas cher non plus seulement aux banques mais aux particuliers, autrement dit, faire de l'hélicoptère monétaire.

Les gouvernements sont poussés par les taux d'intérêt nuls à emprunter à tout-va pour la transition écologique –ce qui peut se discuter–, ou pour distribuer du pouvoir d'achat –ce qui revient à reporter la dette sur le dos des générations futures.

Quel effet de long terme auront ces flots d'argent? Personne n'en a la moindre idée mais on verra, l'essentiel est de larguer les amarres.

Abaisser les taux d'intérêt et favoriser les emprunts pour faire les réformes structurelles qui améliorent les conditions de la croissance: cette politique peut se comprendre. Mais la frontière de la démagogie est vite franchie pour distribuer l'argent qu'on n'a pas afin d'acheter les votes. Donald Trump l'a fait en grand, Boris Johnson veut mettre «fin à l'austérité», Salvini baisse les impôts.

Les caravelles des nouveaux Conquistadors sont tellement chargées d'or et d'épices, qu'elles sont très peu manœuvrantes. Elles sont égarées par le renvoie à terre des pilotes sérieux, la mer est agitée par leurs guerres commerciales et le vent de l'économie mondiale continue de faiblir.

1519? Ou mille ans avant, au Ve siècle quand l'empire romain s'effondre sous le poids d'un système financier devenu incontrôlable ce qui ouvre la porte aux barbares? I



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