Source: cap-action-solidarite.over-blog.com

 

Chroniques Alternatives Economiques : comment sauver l’industrie


Etat des lieux de l’industrie

Il est nécessaire, tout d’abord, de définir ce que l’on appelle « industrie ».

La définition classique en est : « activités de production  liées à la transformation de la matière au moyen de machines et de processus plus ou moins sophistiquées ». Cette définition renvoie à l’époque des hauts fourneaux et des ateliers d’assemblage à la chaine rassemblant un grand nombre d’ouvriers non qualifiés. On voit bien qu’à une époque ou l’on parle d’industrie du logiciel, où les frontières entre industrie et services ne sont plus si évidentes cette définition est trop restrictive.

En définitive la revue invite à parler d’ «industries » et non d’industrie qui se caractérisent par un haut niveau de standardisation permettant de produire des biens, matériels ou immatériels, en grande série.

Les métamorphoses de l’industrie

L’industrie, éclatée entre petits producteurs existait avant les années 1770 mais c’est vers cette date que s’est produite en Grande Bretagne la  première révolution industrielle.

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A partir d’une demande forte de cotonnades que la production dispersée ne savait satisfaire la révolution s’est appuyée sur trois innovations majeures :

  • Mises au point de machines à filer et à tisser
  • Procédé de « fonte au coke » en métallurgie
  • Invention de la machine à vapeur de Watt

Les ouvriers sont regroupés dans de grandes usines à proximité des voies de communication et des mines de charbon et de fer.

Ce mouvement gagne progressivement la Belgique, puis la France et la Suisse vers 1820 puis les pays germaniques 20 ans après.

Les Etats Unis suivent un peu plus tard mais rajoutent des innovations techniques : faucheuses mécaniques, vulcanisation du caoutchouc.

La machine à vapeur permet le développement du chemin de fer qui facilite l’exode rural, le transport des produits, unifie les marchés nationaux, introduit la concurrence entre les acteurs.

C’est vers 1870-1880 après que des progrès décisifs aient été faits en matière d’électricité que démarre la deuxième révolution industrielle et  que se créent les industries électromécaniques, électrochimiques, électrométallurgiques.

La naissance de l’industrie pétrolière vient à point nommé au moment de la création des moteurs à explosion et diésels pour faire naitre les industries automobiles et aéronautiques.

L’invention du bateau à vapeur, du téléphone et du télégramme complètent le dispositif en réduisant les distances.

Cette révolution se caractérise aussi par des modifications de l’organisation du travail :

  • Le taylorisme est fondé sur l’émiettement du travail ouvrier et la distinction entre conception et exécutif.
  • Le fordisme prolonge le taylorisme en mettant en place le travail à la chaine, la standardisation et l’augmentation des salaires (Ford : « je paie bien mes ouvriers pour qu’ils puissent acheter mes voitures »).

Ce modèle, issu des USA, se met en place en Europe occidentale et au Japon et durera jusqu’à la fin des années 70.

Une troisième révolution prend alors le relais.

Elle est basée sur l’apparition des TIC, Technologies de l’Information et de la Communication.

Les TIC présentent les caractéristiques suivantes :

  • Un développement exponentiel de leur puissance (loi de Moore : la vitesse des processeurs double tous les deux ans).
  • Ce sont des technologies à usage multiple : elles ouvrent un champ de possibilité qui dépasse largement leur usage initial0
  • Les prix des appareils informatiques baissent continument rendant universel l’accès aux TIC
  • Elles révolutionnent tous les domaines de la recherche qui font accès au traitement de l’information

Du coup les entreprises se sont réorganisées et ont permis :

  • L’adaptabilité à la demande et le sur mesure
  • Le développement du juste à temps
  • La mise en réseau des sous traitants
  • L’externalisation  des services à grande distance
  • La transmission directe d’informations entre salariés et service

Ce passage aux TIC a entrainé une grande réorganisation capitaliste favorisant la naissance de petites entreprises innovantes, la mise à mal de dinosaures qui n’ont pas su s’adapter

Dans le domaine social cette révolution favorise les emplois qualifiés au détriment des autres.

Elle détruit progressivement certains métiers, dévalorise l’expérience et offre une prime à l’adaptabilité permanente.

Quarante ans de désindustrialisation

C’est en fait dés la fin des Trente Glorieuses qu’à commencé le déclin de l’industrie en France.

Cela coïncide  avec la fin des grands programmes  technologiques impulsés par l’Etat avec de nombreux succès comme Ariane, Airbus, le TGV, la filière nucléaire mais aussi des échecs  comme celui du Plan Calcul qui a fait prendre du retard au pays en matière de nouvelles technologies.

Le droit européen fait de plus en plus obstacle  à la possibilité de politiques industrielles à la française.

Le passage à l’euro, un euro fort, empêche l’utilisation des dévaluations qui permettaient auparavant de restaurer la compétitivité  et renchérit le prix de l’énergie.

La France en dehors de quelques secteurs de haute technologie est plutôt spécialisée dans les produits bas de gamme, plus sensibles à la concurrence par les prix.

Et alors que s’accentue la prépondérance du secteur privé le système du crédit impôt recherche qui devait permettre la création de jeunes pousses dans les nouveaux secteurs profite en fait aux grands groupes qui l’utilisent pour faire de l’optimisation fiscale et non pour enclencher des innovations radicales.

Car un autre phénomène s’est développé, surtout depuis le début des années 1990 : celui de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie qui incite les grands groupes à optimiser le rendement des placements financiers et à réorienter les investissements à l’échelle mondiale vers les marchés à forte croissance et profitant d’une main d’œuvre peu couteuse.

L’industrie aujourd’hui

Tableau pour article AE 6-1

(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Elle est en pleine recomposition.

L’époque des grandes concentrations d’ouvriers non qualifiée est révolue.

Seulement trois sites rassemblent aujourd’hui 10 000 salariés et 60 plus de 2000.

Parallèlement, les cadres sont désormais aussi nombreux que les ouvriers non qualifiés.

En dehors des grands secteurs de l’avion et de la voiture elle s’est diversifiée dans des secteurs de biens intermédiaires tels que le verre, le caoutchouc, le ciment, les plastiques, les composants électroniques.

Ces secteurs représentent 40% de la valeur ajouté et des emplois de l’industrie.

Par ailleurs les anciens poids lourds se sont mondialisés et réalisent désormais l’essentiel de leurs activités et de leurs profits hors de France.

Un autre élément à prendre en compte est le processus d’externalisation qui se développe depuis les années 80.

Celui-ci consiste à faire traiter par une entreprise spécialisée les fonctions  

qui ne constituent pas le cœur de métier de l’entreprise : nettoyage, restauration, sécurité d’abord puis finances, systèmes d’information, logistique, ..

De ce fait la distinction entre industrie et services apparait de plus en plus floue.

Cela relativise un peu le recul de l’industrie car, si la valeur ajoutée (part dans le PIB) des secteurs industriels traditionnels est passé de 20,6% à 12,6% entre 1990 et 2010, les  secteurs de services aux entreprises ont, eux, cru de 14,2% à 17,3%.

Le défi énergétique

L’essor de l’industrie a toujours été lié à des ruptures énergétiques.

Le couple machine à vapeur-charbon à été à l’origine de la première révolution industrielle.

Le couple électricité-pétrole est à l’origine de la deuxième.

La troisième révolution, basée sur les TIC,  n’est, par contre, pas liée à une rupture  à une nouvelle forme d’énergie.

Sauf, peut être, à la nécessité absolue de l’économiser.

Face aux défis actuels (réchauffement climatique, épuisement des ressources fossiles) il faut repenser les liens entre énergie et industrie.

En produisant moins, en allongeant la durée de vie des biens et en réduisant leur consommation d’énergie.

Au-delà le futur énergétique de la planète est difficile à prévoir.

Tant que le soleil brille l’énergie nous est offerte de façon quasi illimitée mais les techniques de transformation sont couteuses et incitent à économiser l’énergie, avec une production plus décentralisée, plus intermittente, gérée par des réseaux intelligents (smartgrids).

Des productions produites localement et plus riches en emploi qui seraient à la fois bénéfiques pour l’emploi et pour la balance commerciale du pays.

 

 



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