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«Hulot, le nucléaire et les moulins à vent»

ÉDITORIAL - L'arrêt du nucléaire n'est pas compatible avec la fin des voitures à essence et au diesel, écrit Guillaume Roquette, directeur de la rédaction.

 

Nicolas Hulot est un homme estimable. Il dit ce qu'il pense et s'efforce d'agir en cohérence avec ses convictions, ce qui n'est pas si fréquent pour un personnage public du XXIe siècle. Fort d'une popularité hors du commun, il a décidé de garder cette ligne de conduite une fois devenu ministre, ce qui nous vaut des prises de position déconcertantes. Prenons les deux dernières en date: le ministre de la Transition écologique et solidaire (oui, le T majuscule fait partie de l'appellation) veut remplacer tous les véhicules à essence et au diesel par des engins électriques d'ici à 2040.

Mais il entend en même temps fermer 30 % du parc nucléaire français, sans que l'on sache très bien par quoi il compte remplacer cette énergie, vu que ni le soleil, ni le vent, ni les barrages ne sont en mesure de compenser - même partiellement - une telle baisse de la production électrique. Bref, à moins de relancer des centrales à charbon ou au fioul, ce qui serait le comble pour un écologiste, nous risquons de manquer sacrément d'énergie pour faire rouler les véhicules propres de demain, surtout les jours sans soleil ni vent. Dommage: c'est quand même bien agréable de prendre sa voiture quand il pleut.

Sans nucléaire, comment fera-t-on rouler les voitures électriques ?

Entendons-nous bien: personne ne nie la nécessité de réduire la pollution atmosphérique et l'émission des gaz à effet de serre, ni les problèmes posés par le nucléaire (moins d'ailleurs dans l'exploitation que dans le traitement des déchets). Les défenseurs de l'environnement sont dans leur rôle quand ils mettent en garde contre ces risques écologiques. Mais un ministre n'est pas un lanceur d'alerte, il est soumis au principe de réalité qui l'oblige à faire des choix: développer les moteurs électriques ou produire moins d'électricité, diminuer les émissions de CO2 ou renoncer au nucléaire. Le «et en même temps» cher à Emmanuel Macron a certes prouvé son efficacité électorale, mais cela n'en fait pas pour autant une méthode de gouvernement. Pour avoir voulu tout et son contraire, Ségolène Royal aura été une ministre de l'écologie illisible pendant le quinquennat précédent, incapable de tenir la seule promesse faite en la matière par François Hollande, à savoir la fermeture de Fessenheim.

 

Nicolas Hulot est le seul survivant du mouvement écologiste. Ce dernier a été politiquement rayé de la carte pour ses outrances et son refus du compromis: les «khmers verts» ont été renvoyés à la maison par les électeurs, et personne ne s'en plaindra. Raison de plus pour que notre ministre se montre réaliste, comme il a su l'être dans le passé en refusant de prôner une sortie immédiate et sans condition du nucléaire. L'énergie et le climat sont des sujets trop sérieux pour être instrumentalisés à des fins démagogiques. En affirmant la semaine dernière qu'on combattait le terrorisme en luttant contre le réchauffement, Emmanuel Macron a prouvé qu'on pouvait vite raconter n'importe quoi sur le sujet.

 



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